Matthieu Rouveyre : Élu local bordelais

in Lutte contre les discriminations - Pauvreté à Bordeaux

Quand la Police traque les prostituées bordelaises

Je reviens du Conseil des quartiers Nansouty, Simiot, St Genès. Il n’y aurait pas eu grand-chose à dire si Monsieur Albert Doutre, directeur départemental de la Sécurité publique, ne s’était pas livré à un show des plus écœurants. Interrogé sur la prostitution dans ces quartiers, Alain Juppé, qui présidait le Conseil, a préféré refiler la patate chaude à Monsieur Doutre. Ce dernier a alors raconté avec forces détails comment la police bordelaise traquait et piégeait les prostituées.

Pour la police, Bordeaux compte 170 prostituées. Qu’il est difficile ma p’tite dame, d’interpeller ces filles parce que, voyez-vous, se prostituer n’est malheureusement pas illégal. Qu’heureusement, cependant, plusieurs d’entre elles n’ont pas de papiers, et que nous sommes donc satisfaits de vous apprendre qu’on en renvoie dans leur pays. On a récemment attrapé deux Sierra-léonaises, trois Nigériennes, etc.

Monsieur Doutre est intarissable : chiffres, nationalités, quartiers, rues. Il captive l’assistance en débitant tranquillement et avec un plaisir non dissimulé les informations, parfois sordides, qu’il détient. Il ne manquait que le prix de la passe pour faire des riverains médusés des experts, à leur tour, de la prostitution bordelaise. Emporté dans son élan, il conclut son propos sur la manière dont il se débrouille pour faire tomber les filles pour proxénétisme. Frustré de ne pouvoir les appréhender pour prostitution (rappelez-vous, ce n’est pas illégal), il a trouvé une technique imparable pour en faire des proxénètes. Ces filles opèrent souvent dans des fourgons, mais toutes n’ont pas les moyens d’en acheter un. Elles se regroupent alors et l’une d’entre elles fait l’acquisition du véhicule en proposant aux autres de se partager le temps (Doutre parlera de « 3/8 ») en contrepartie du remboursement progressif des sommes investies. A partir du moment où une « locataire » verse sa participation à l’acheteuse, cette dernière devient une proxénète, et est mise en examen à ce titre. Voilà comment Monsieur Doutre a fait la preuve à la fois de sa virilité et de son expertise de traqueur de prostituées. Il manquait sans doute les applaudissements des riverains à la fin de sa démonstration pour le contenter jusqu’à la jouissance.

Malheureusement pour nous, Monsieur le directeur départemental de la Sécurité publique n’a pas dit un mot sur les moyens de démanteler les vrais réseaux de proxénétisme, les réseaux de ces hommes qui mettent les filles sur le trottoir.

Adhérent de l’association IPPO (prévention et réinsertion en faveur des prostituées), je suis quelque peu sensibilisé au sujet. Ce qu’on peut déjà dire, c’est que le nombre de prostitués (hommes et femmes) sur la voie publique est deux fois supérieur au chiffre avancé par ce haut-fonctionnaire. Ce qu’on peut ajouter, c’est que le fourgon est souvent un moyen d’être davantage en sécurité, les filles évitent ainsi de monter dans la voiture de clients pas nécessairement habités de bons sentiments. Les prostituées sont des victimes. Les lois Sarkozy et leur zélés exécutants en ont fait des délinquantes. Nul n’apprécie vraiment ce voisinage. Néanmoins, il faut bien avoir à l’esprit que Monsieur Doutre ne règle en rien le problème de la prostitution à Bordeaux. Il s’efforce d’effacer ce qui se voit mais ne s’attaque pas au mal. La police interpelle une prostituée, les riverains sont contents, tout le monde a le sentiment qu’il y a un progrès. Mais pourtant les réseaux de proxénètes qui asservissent ces femmes demeurent. Les prostituées sont déplacées ou remplacées mais elles sont toujours là, contraintes à prendre de plus en plus de risques pour satisfaire leur mac.

13 Comments

  1. je suis tres sensibilise a ce sujet et pret a apporter mon soutien ou une aide a toute action favorable au reglement de ce probleme

  2. Puisque tu sembles sensibilisé sur le sujet, peux tu me donner des liens permettant de mettre à jour les positions du PS sur ce sujet. Ce qu’il a mis en place lorsqu’il était au pouvoir pour lutter contre ce fléau. Je ne suis pas spécialiste de la question, mais en gros, je pense que la prostitution est une forme d’esclavage, je ne crois pas à la prostitution volontaire, sauf cas pathologiques (je pense que ca doit représenter une infime proportion des victimes de ce marché). nous avons réussi à abolir l’esclavage, pourquoi pas abolir la prostitution ?
    il esiste un mouvement abolitioniste : http://www.c-e-r-f.org/prostitut... à voir aussi :sisyphe.org/article.php3?…
    voilà, merci pour les infos à venir.

  3. très bon billet matthieu! la France a signé la convention de New York en 1949 et ratifié en 1960 qui considèrent que les personnes en situation de prostitution sont victimes de la traite des êtres humains et il est scandaleux de voir que le directeur départemental de la police ignore ce baba. Continue matthieu rare sont les élu(e)s à s’intéresser à ces femmes et ces Hommes.
    Amitiés

  4. Je suis également scandalisée par le récit des propos de M. Doutre.
    Vu ce que tu décris, il est bon pour un passage dans "le droit de savoir", cela m’a l’air d’être du même niveau.
    Une question Matthieu, quelles étaient les réactions dans la salle, les riverains étaient-ils aussi satisfaits que le dir. dpt de la Sécurité Publique? Cette intervention a-t’elle suscité du débat, des réactions de leur part?
    Cette société marche sur la tête c’est ahurissant…

  5. ce que fait ce Monsieur Dourtre aux victimes de la prostitution est déjà scandaleux, mais s’il en est à raconter ça et si ils (Juppé, et les autres) en sont à pouvoir écouter ça tranquillement, c’est que tout ça, cette attitude vis-à-vis des femmes, vis-à-vis des étrangers… est ancré très très profondemment…
    encore une bataille culturelle à mener !!

  6. Je fait actuellement un projet sur la prostitution et je trouve ça horrible que des femmes ose vendre leur corps de cette façon. Je suis totalment en désaccord avec la prostitution.

  7. @Thierry : je n’ai pas beaucoup rencontré de prostitués qui faisaient le trottoir avec plaisir. Je vise dans mon texte les prostitués victimes de leurs proxo, du harcèlement de certains policiers et bien entendu des lois Sarkozy. Si vous avez fait le choix de la prostitution, que c’est à la fois votre métier et votre plaisir, ne vous sentez pas concerné par ce texte. Je ne suis pas pour l’interdiction pure et simple de la prostitution, je suis pour son abolition : je souhaite qu’aucun être humain ne soit contraint à la prostitution (contrainte économique, sociale, physique, …). Quand à ma tendance à « essentialiser » les prostitués, elle tient de mon expérience personnelle. Comme je le disais et bien que vous défendez le contraire, les personnes qui, la fleur au fusil acceptent de vendre leur corps ne sont vraiment pas légion.

  8. Il ne s’agit pas d’être heureux de se prostituer. Personne ne demande aux autres travailleurs s’ils sont ravis de faire 35 heures par semaine comme des cons pour un patron.
    Le travail n’est que rarement un plaisir qu’il s’agisse de travail sexuel ou d’un autre. Alors n’exigez pas pour nous ce que vous n’êtes pas capables de réaliser pour vous mêmes.

    Que j’ai choisi la prostitution ou pas et bien ça ne vous regarde pas. C’est ma vie et celle de mes collègues et ce n’est pas une raison de dire de nous que nous ne sommes que des victimes. Personne ne vous demande pourquoi vous sucez des bites et gratuitement vous. On pourrait pourtant se demander si vous n’avez pas été violé dans votre enfance pour prétendre aimer le faire et le revendiquer.
    Je n’ai donc jamais dit que la majorité d’entre nous partent au travail la fleur au fusil. Et je vous rejoins entièrement pour qu’aucun être humain ne soit contraint à la prostitution.

    Je constate cependant que notre problème n’est pas que nous sommes contraintes à la prostitution mais plutôt contraintes de devoir l’arrêter.

    Autre et dernière remarque, Pourquoi n’avez vous pas publié mon commentaire ? Est ce encore que la parole d’une pute ne peut pas être prise au sérieux sans l’aval des gentilles personnes abolitionnistes qui sont là pour nous sauver ?

  9. @Thierry : le louer ? Le méprisant c’est de vouloir camoufler la réalité sordide et dramatique de milliers d’hommes et femmes parce que vous, vous avez le choix.

  10. Menteur ! C’est vous qui camouflez pour pouvoir mener à bien votre croisade morale. Je ne loue ni ne vends mon corps. A moins de considérer que tous les travailleurs ne font que mette leur corps à disposition de leur travail. C’est vous qui êtes sordide.

  11. D’ailleurs au sujet de camoufler, où est mon premier commentaire auquel vous répondez sans le publier ?

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