Matthieu Rouveyre : Élu local bordelais

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Je joue à Amélie Poulain

Dimanche soir, Florent, un ami, m’a invité à visiter son nouvel appart. T2 très sympa, avec terrasse, dans un très joli quartier bordelais, tout près de l’Eglise Saint-Seurin. Il m’apprend qu’il dispose aussi d’une cave. Qu’entends-je ? Ayant quelques affaires à entreposer durant l’été, je recherchais activement un endroit de stockage. Je me suis donc mis dans l’idée de lui demander un squattage en bonne et due forme. En visitant la cave, je remarque une toute petite pièce annexe dans laquelle sont entreposés un tas de bouquins et de vieux papiers. Selon Florent, il s’agit là d’un bazar laissé par le locataire précédent et dont il compte bien se débarrasser le plus rapidement possible. J’adore les vieux papiers et j’ai été génétiquement programmé pour m’opposer violemment à toute destruction de livres. Je commence donc à fouiller avec gourmandise. Je tombe sur des éditions du Monde de 1971, complètement intactes et, très vite, je découvre des papiers personnels. Cours de droits, correspondances privées, photographies, factures, carnet d’adresses. Tout date d’il y a plus de 35 ans. Je parviens facilement à identifier le propriétaire de ce trésor. En quelques dizaines de minutes je peux dire qu’il a fait ses études de droit à Bordeaux, des études poussées (en thèse au début des années 70). Les annotations personnelles sur de nombreuses pages de ses supports de cours montrent un étudiant très appliqué. Je récupère une facture des PTT qui mentionne son nom, fait promettre à Florent de ne rien jeter et je rentre précipitamment chez moi pour faire des recherches sur le net. En moins d’une minute, j’ai trouvé ses coordonnées. Il se trouve que ce jeune étudiant en droit du début des années 70 est aujourd’hui un spécialiste mondialement reconnu du droit de la mer. Pourquoi avoir abandonné ces documents ? Dans quelles circonstances ? Comment ces archives ont-elles pu être préservées durant trente-cinq ans malgré les locataires successifs ? Cette personne voudrait-elle renouer avec son passé ? Faut-il prendre contact avec elle ? J’éprouve l’irrésistible envie de lui offrir la possibilité de retrouver tout ce passé. Le lendemain matin, j’appelle son bureau à Paris. Je tombe sur son collaborateur à qui j’explique la situation. Ce dernier m’apprend que notre homme s’apprête à partir pour l’étranger mais m’oriente vers la secrétaire qui me remet le numéro de portable de monsieur E. Je l’appelle. Il répond. Est dans les transports en commun. Ne réalise pas tout à fait ce que je lui raconte. Me propose de me rappeler. Il me rappelle, nous revenons longuement sur ce dont il s’agit. Il est visiblement ému. Il doit partir dans l’heure pour New-York mais me rappelle vendredi. Il me remercie chaleureusement. Il va avoir tout le voyage pour repenser à ces années-là. J’attends son coup de fil demain.

8 Comments

  1. Oh oui, la suite de l’histoire ! C’est stupide peut-être, mais maintenant je suis ému aussi et je voudrais bien en savoir plus.

    Toujours est-il que tu tiens là, en tout cas, un premier chapitre pour un joli roman, à mon avis.

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