Matthieu Rouveyre : Élu local bordelais

in Logement à Bordeaux

Phénomène Airbnb à Bordeaux : les mesures fiscales sont nécessaires mais insuffisantes

Lors du Conseil municipal du 30 janvier 2017, nous avons voté la création de la taxe additionnelle sur les résidences secondaires. Si nous pensons qu’il s’agit d’une mesure nécessaire, elle n’est pas suffisante pour lutter contre le phénomène d' »airbnbisation » de la Ville. Voici mon intervention à cette occasion.

Bordeaux fait face à une pénurie de logements. La demande étant beaucoup plus forte que l’offre, les prix flambent, à la vente et mécaniquement à la location. À Bordeaux, les loyers ont augmenté de 53% en 15 ans et à la vente, notre Ville est 4ème la plus chère de France.

Automatiquement, les personnes aux revenus modestes sont les premières à subir ce phénomène, d’autant que le nombre de logements sociaux ne permet pas de faire face aux sollicitations. Les derniers relevés publics indiquent qu’en 2015, à Bordeaux, 11.249 personnes ont fait une demande de logement social et seulement 2.142 d’entre elles ont été satisfaites. Autrement dit, 81% des demandeurs de logements sociaux ont été éconduits.

airbnb-bordeauxLes élus qui tiennent des permanences reçoivent de nombreuses personnes cherchant un logement et peut-être comme moi avez-vous observé que dans ce public, les jeunes et les personnes vivants seules sont devenus de plus en plus nombreux. Peut-être avez-vous entendu comme moi d’un locataire contraint à chercher un autre logement cette phrase : « mon propriétaire préfère mettre son bien sur Airbnb ».

Nous avons voulu comprendre ce phénomène et c’est pourquoi j’ai créé un observatoire national. Depuis plusieurs mois, je récupère les données liées à ce phénomène que je partage avec des sociologues, des agences d’urbanisme ou encore des offices du tourisme.

Ces chiffres révèlent qu’il y a un véritable phénomène d’ « airbnbisation » à Bordeaux. De très nombreux logements sont confisqués du parc traditionnel pour être proposé à la location saisonnière. Il est presque trois fois plus rentable de proposer un bien sur Airbnb que de le louer dans le cadre d’un bail traditionnel. Ce phénomène frappe plus particulièrement les petits appartements (studio/T1, T2), ce qui exclut donc, je vous le disais, de plus en plus de célibataires, d’étudiants et de couples de la possibilité de résider à Bordeaux. Par ailleurs, on voit que ce phénomène frappe certains quartiers en particulier et dans le centre historique par exemple, les touristes remplacent peu à peu les habitants.

En mars dernier, je formulais 5 propositions :
1. Exiger un prélèvement systématique de la taxe de séjour
2. Instituer une taxe sur les résidences secondaires
3. Mettre en place un contrôle sérieux du parc Airbnb et limiter le nombre de « nuitées saisonnières » par logement
4. Construire des logements sociaux
5. Construction des logements étudiants

La première mesure a été mise en place par Airbnb il y a quelques mois et vous nous proposez aujourd’hui d’adopter la seconde mesure, c’est à dire la mise en place d’une taxe additionnelle sur les résidences secondaires. La proposition venant de nous, nous la voterons évidemment.

Néanmoins, entendez que cela ne suffira pas. Si la question fiscale est importante, elle ne permettra pas à elle seule d’enrayer le phénomème. Il est fort probable que les bailleurs concernés répercutent tout simplement le montant de cette taxe nouvelle sur le prix de la location, d’autant que le taux que vous proposez n’est pas véritablement pénalisant.

Entre mars 2016 et janvier 2017, le stock de logements bordelais proposés sur la plateforme Airbnb a augmenté de 90%. Il y a aujourd’hui environ 6000 offres de logements dont 4500 concernent des logements entiers par opposition aux chambres dont nous considérons qu’elles ne viennent pas perturber le marché immobilier. Sur ces 4.500 logements, nos études montrent que près de 80% d’entre eux sont dédiés à la location saisonnière. Autrement dit, ils viennent durablement en diminution du parc de logements dédiés aux habitants. La pression de la location saisonnière est très forte. Le ratio « nombre d’offres » sur « nombre d’habitants » place Bordeaux immédiatement après Paris en la matière.

Le dernier recensement a montré que Paris avait perdu des habitants et son maire estime que la location saisonnière en est responsable. Bordeaux a quant à elle gagné des habitants mais si on ne met pas en place des mesures ambitieuses, nous alors subir les mêmes effets. C’est pourquoi il est urgent monsieur le Maire de tout faire pour augmenter le nombre de logements sociaux, de logements étudiants qui sont souvent d’ailleurs des logements sociaux. Nous vous invitons également à limiter le nombre de nuitée qu’un propriétaire peut proposer pour un logement ainsi qu’un contrôle strict du parc. L’expérience parisienne pourrait peut-être aider la Ville à y parvenir.

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