Archive | Requalification de Saint-Michel RSS feed for this section

Quartier St Michel : quand requalification sonne comme gentrification

17 fév

2011

Les articles de presse, au sujet des transformations à venir du quartier Saint-Michel, sont plutôt enthousiastes quant aux résultats attendus après travaux. Rien d’étonnant à cela : seule la Mairie de Bordeaux – pilote du projet – donne sa vision des choses.

Après l’avoir laissé à l’abandon pendant plusieurs décennies, la municipalité a enfin décidé de s’occuper de St Michel. Lors du vote de la délibération concernant la requalification, j’ai exprimé mon appréhension de voir dans ce projet une volonté d’aseptiser le quartier.

Ce qui aurait pu être un motif de satisfaction représente aujourd’hui pour de nombreux bordelais un sujet de vive inquiétude. Historiquement, le quartier St Michel est généreux envers ceux qui cherchent du lien, de la convivialité, de la bonne humeur. C’est le lieu de la débrouille et de l’entraide. On connaît son voisin et les acteurs de terrain. Les nationalités s’y mélangent et il donne l’asile à ceux qui ne peuvent pas se loger ailleurs. Les associations y sont très actives, les repas de rue joyeux et le quartier compte parmi les incontournables son marché et sa brocante.Ce qui fait que St Michel est St Michel tient en tout premier lieu aux personnes qui le peuplent et qui l’animent.

La subtile alchimie est pourtant aujourd’hui gravement menacée et c’est tout un pan de l’histoire de Bordeaux que la Mairie de Bordeaux se préparer à effacer. Parce qu’elle refuse sciemment de prendre les décisions qui s’imposent, la municipalité conjugue requalification et “gentrification”*. Autrement dit, après les travaux, l’espace sera beau, il sera propre mais la magie qui fait St Michel finira de s’éteindre. Pourquoi ? Parce que la requalification accentue la forte inflation du coût du foncier et des loyers. Les spéculateurs ont déjà anticipé et les prix de l’immobilier ont lourdement augmenté. Ceux qui avaient un logement pour un loyer raisonnable sont contraints de quitter le quartier. Les familles que le Maire de Bordeaux prétendait vouloir faire revenir s’en vont également au point qu’il existe pour la rentrée prochaine un risque de fermeture de classe à l’école maternelle des Menuts.

En refusant d’investir à la hauteur des enjeux pour que les logements sociaux de fait deviennent des logements sociaux de droit, la Mairie de Bordeaux chasse la population qui donne une identité à St Michel. C’est ainsi que se programme le consciencieux dé tricotage social du quartier.

Malgré les moyens colossaux engagés dans cette opération de requalification électorale je fais le pari que St Michel ne se laissera pas faire. Ce quartier est fier et il résistera. Pour ma part, je serai comme depuis le début de mon mandat aux côtés de tous ceux qui voudront protéger ce coin unique de Bordeaux.

*Gentrification : terme sociologique définissant un phénomène d’embourgeoisement clairement démontré : la rénovation des bâtiments et l’accroissement des valeurs immobilières exercent une pression sur les pauvres qui se déplacent vers des secteurs moins prisés, entraînant une forme de ségrégation.

Mon opinion sur la requalification du quartier St Michel

28 juin

2010

Voici ce que j’ai pu exprimer au sujet de la requalification du quartier St Michel à l’occasion du Conseil municipal du 28 juin 2010. En tant que membre de la Commission d’Appel d’Offres, j’ai participé au choix de l’architecte mandaté pour réaliser cette requalification de la place St Michel. A ce titre, j’ai voté pour celui qui fut retenu. Je n’ai pas trouvé le dossier enthousiasmant mais sur le papier, il me paraissait être le moins attentatoire à l’harmonie des lieux. C’était par ailleurs le seul projet à présenter l’originalité de l’intégration du bois qui est une matière chaleureuse de rendre hommage à la magie et à la chaleur des lieux.

J’observe que le budget pour ce seul aménagement est le supérieur à l’investissement de la Mairie de Bordeaux pour toute la Convention Publique d’Aménagement en matière de logement sur les année 2002 à 2014. Autrement dit on va mettre plus d’argent dans le ravalement de la place et l’alignement des rues que dans la gestion des conditions de vie et de logement des habitants du quartier. Pour ma part monsieur le Maire, j’aime le bric-à-brac de St Michel, celui-là même que vous voulez aplanir.

La pagaille et le désordre bon enfant font aussi St Michel. Mais surtout, ce quartier est le dernier à être aussi cosmopolite. Une telle réhabilitation est considérée par les sociologues comme une étape importante dans la gentrification d’un quartier. C’est à dire que la sociologie des lieux est fortement influencée par une telle réhabilitation. Elle serait acceptable si d’un autre côté, on pensait à maintenir la population économiquement modeste sur le quartier. Or, aujourd’hui, et les nombreuses études le prouvent, ce n’est pas le cas. Ma crainte et je voulais la mentionner, est que si on ne met pas davantage d’argent dans le logement social, la population qui bénéficiera de cet aménagement sera très différente de celle qui a vécu si longtemps dans ce quartier.

La propagande d’InCité ne cachera pas la réalité : les pauvres sont chassés des quartiers réhabilités

8 nov

2009

Jeudi 29 octobre 2009 à Bordeaux, deux anciens combattants marocains étaient évacués de chez eux sans qu’ils aient pu récupérer des vêtements de rechange, leurs effets personnels, de la nourriture ou encore, pour l’un d’eux, son respirateur artificiel. Alertés, Naïma Charaï, Conseillère régionale d’Aquitaine et moi-même, nous nous sommes rendus à Saint Michel, quartier de résidence de ces anciens combattants. Nous les avons rencontrés et recueilli leur témoignage ([une vidéo se trouve sur nos sites internet|/v2/index.php?post/2009/11/01/Les-deux-anciens-combattants-t%C3%A9moignent]). Un comité de soutien s’est spontanément créé. Alors que les anciens ont finalement été autorisés à rejoindre leurs logements, ce comité continue de grossir et compte à ce jour 319 membres. Des personnes, qui malgré les tentatives d’InCité de faire croire en une autre vérité ont trouvé intolérable la manière dont ces anciens combattants ont été traités. J’observe que pour une société et une mairie qui n’ont rien à se reprocher, dès le samedi 31 octobre, durant les vacances, InCité organisait une conférence de presse pour démentir nos propos. Que le mardi qui suivait, la chance a voulu que Mohammed Ameur assure Alain Juppé de l’entière satisfaction du Maroc pour “les actions et les initiatives particulièrement dynamiques menées par la Ville de Bordeaux en direction des Bordelais d’origine marocaine”. Que le hasard du calendrier offre à Alain Juppé l’opportunité de lancer, le lendemain, une invitation pour l’inauguration d’un café social destiné à accueillir les anciens combattants. Et aujourd’hui, je suis destinataire d’une lettre ouverte de la part de certains salariés d’InCité. Interpellé, je tiens bien entendu à répondre. Néanmoins, je refuse de cautionner un jeu politique dont les règles nouvelles sont de faire témoigner des salariés pour prendre la défense de leur direction. J’aurais pu répondre directement si leurs reproches ne faisaient pas l’objet d’une lettre ouverte publiée par la direction d’InCité sur le blog de cette dernière. Tous les manquements que je reproche à InCité sont de la responsabilité de sa direction, quelles que soient les personnes impliquées. Pour toutes ces raisons, j’adresse mon courrier à la Présidente et au Directeur d’InCité. J’entends la colère et je comprends l’indignation de vos salariés. Toutefois, mes propos sont à la hauteur de l’indignation et de la colère qui m’ont habité quand nous avons recueilli le témoignage de ces deux anciens combattants. Ne parlant pas le français et ne comprenant pas ce qu’il leur arrivait, ces anciens de 77 et 79 ans ont été conduits par InCité dans un hôtel miteux, placés tous deux dans une chambre minuscule. Croyez bien qu’au plus profond de moi, j’éprouvais une réelle douleur à entendre que ces vieux messieurs ne s’expliquaient pas pourquoi on les avait sortis de chez eux. Il y a eu pire qu’une expulsion. Dans le cadre d’une expulsion vous savez pourquoi vous êtes mis dehors et vous savez que vous ne reviendrez plus. C’est précisément deux éléments d’explications qui manquaient aux deux anciens ! La France se montre sordide envers ses anciens combattants en refusant de leur verser la pension vieillesse s’ils ne demeurent pas en France au moins 9 mois par an. Ils sont contraints de croupir isolés, coupés de leur famille juste pour pouvoir bénéficier d’une indemnité qui leur permet d’assurer un minimum de dignité à leurs proches au pays. Ils ne peuvent même terminer leurs jours avec leurs femmes en France car l’Etat exige qu’ils aient des ressources supérieures aux maigres subsides dont ils bénéficient. Neuf mois de souffrance chaque année. Peut-on un instant se mettre à leur place ? La proximité avec la date de la trêve hivernale et leur affirmation selon laquelle ils ne se sont jamais sentis en insécurité dans leurs appartements alors qu’il s’agissait précisément de l’argument avancé par InCité pour les déloger m’a convaincu d’un [abus de faiblesse manifeste|/v2/index.php?post/2009/10/30/J-accuse]. Cela dit, je n’ai jamais cité nommément une personne. Parce que pour moi le problème ne vient pas des salariés de la société mais plutôt de la commande politique adressée à celle-ci et à la manière dont cette entreprise est dirigée. J’ai été choqué de voir InCité donner le nom d’une de ses salariées à la presse. Je n’ai pas bien compris pourquoi c’était à elle de s’expliquer sur la vidéo réalisée par un des administrateurs d’InCité. La direction d’une société doit défendre ses préposés, les protéger et assumer les actes de ces derniers lorsqu’ils sont accomplis dans le cadre de leur travail. Il y a un amalgame que l’on retrouve dans la lettre ouverte qui m’est destinée. Quand je dis qu’Incité organise la chasse aux pauvres, l’idée ne m’a jamais effleuré que les salariés étaient complices de ce phénomène. Je n’ai aucun doute sur leur intégrité et leur éthique professionnelle mais je demeure convaincu par la recomposition sociologique des quartiers sur lesquels InCité opère. Les pauvres sont contraints de quitter des quartiers comme Saint Michel car la réhabilitation conduit à une augmentation des prix des loyers et du foncier qui deviennent un obstacle à leur maintien sur place. Un des moyens pour permettre à ces personnes aux revenus modestes de rester dans leur quartier d’origine est de construire des logements sociaux publics. Combien InCité en a créé en 2008 ? Aucun. Pour deux raisons. La première relève de la responsabilité de la Sem. Quand il y a une opération immobilière à réaliser, la Sem préfère la plus facile à la plus compliquée et la plus rentable à la plus coûteuse. Monsieur le Directeur, vous résumez assez bien votre manière de voir les choses. Avant même d’arriver à InCité, vous déclariez : « __conditions exceptionnelles ou pas, une Sem se gère comme une société privée, elle se doit de dégager des résultats et de rentabiliser les capitaux investis__ » ([Sem Magasine, n°5 mars 2001|/v2/public/2009/novembre/sem_mag5.pdf]). Cette philosophie n’est-elle pas justement incompatible avec le caractère non rentable du relogement de deux vieux messieurs ? L’autre responsabilité incombe aux collectivités et en particulier à la Mairie de Bordeaux et c’est donc à vous Madame la Présidente que je m’adresse. On sait que le logement social public a un coût. La Mairie pourrait décider de débloquer les fonds nécessaires pour faire face à celui-ci et contraindre InCité à réaliser ces logements. Elle s’y refuse car, c’est mon avis, les mutations sociologiques qui découlent de l’aménagement du centre historique lui conviennent parfaitement.

Pourquoi je démissionne d’InCité

29 sept

Quand j’ai accepté de représenter la CUB au Conseil d’Administration d’InCité, j’avais dans l’espoir de mieux comprendre le travail de cette société. Je n’imaginais pas qu’à chaque Conseil Municipal, mes critiques argumentées contre les dérives de cette SEM seraient balayées d’un revers de la main par le Maire ou sa majorité, au motif que j’en suis un des administrateurs. C’est déloyal car cette société est majoritairement gérée par des administrateurs idéologiquement proches du Maire. Je n’ai strictement aucune marge de manoeuvre dans les décisions prises par InCité. Un des adjoints au Maire, qui est également administrateur de cette société, faisait observer lors de ce conseil municipal que je n’étais pas en phase avec son C.A. En réalité, j’avais simplement l’outrecuidance de poser des questions. Le conseil d’administration se borne à mettre en oeuvre les directives politiques anti-sociales de la majorité municipale et le C.A. de la SEM ne se prononce que sur des questions techniques sans enjeux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’ai jamais été amené à voter contre une décision. La vérité est qu’InCité ne produit pas de logements sociaux, la vérité est que dans l’hypothèse où elle voudrait le faire, elle n’en a pas les moyens. ++1) Absence de logements locatifs sociaux publics créés par InCité++%%% Avant de revenir sur des exemples concrets, il suffit de regarder le [compte-rendu d'activité d'InCité|/v2/public/2009/septembre/deliberation499.pdf] et de lire la __ligne « Logements locatifs sociaux publics créés » », le chiffre donné est « 0 ».__ Pour mémoire, il manque 6000 logements sociaux à Bordeaux (chiffre confessé par Alain Juppé lors de ce conseil municipal du 28 septembre) pour parvenir au 20% imposés par la loi. Le Maire nous dit : « trouvez-moi 30 hectares et je fais du logement social », ou, encore plus caricatural : « on rase un quartier et on pourra faire du logement social ». C’est ridicule car des années de recul maintenant permettent de rejeter l’idée d’une concentration de logements sociaux en un même lieu. Nous ne voulons pas de ghettos qui enfermeraient les mêmes difficultés sociales. La mixité est possible en profitant des opérations de réhabilitation dans le centre historique et ailleurs à Bordeaux. Le Maire, d’autorité, argumente que le diffus ne permettra pas d’attendre l’objectif des 20 % et en profite pour rejeter toute initiative de mixité. L’exemple qui suit en est une parfaite illustration. Pour information, __il y a 1920 demandeurs de logements sociaux inscrits auprès d’InCité, en 2008 InCité a attribué 113 logements et seulement 33 d’entre eux relevaient des logements conventionnés__ (voir [« extrait du Conseil d'Administration d'InCité » du 31 mars 2009|/v2/public/2009/septembre/extraitCAincite31mars2009.pdf]). ++2) Vente d’un bien appartenant à InCité : vacance du logement depuis plusieurs mois, refus d’en faire un logement social, prix de vente exorbitant++%%% Même quand elle en a l’opportunité, Incité ne fait pas de logement social public. Prenons un seul exemple vérifiable par tous. InCité a remis à neuf un appartement du 29 rue des Faures. [((/v2/public/2009/septembre/.InCite-199000euros_m.jpg|Copie écran InCité|C|Copie écran InCité, sept. 2009))|/v2/public/2009/septembre/InCite-199000euros.jpg] Elle pourrait très bien le louer à un des très nombreux demandeurs de logements sociaux inscrits auprès d’elle. Elle s’y refuse et le propose à la vente aux primo accédants. Le prix est à faire pâlir les potentiels acquéreurs et sourire les agences immobilières. 60m² pour 199 000 euros, soit 3316 euros/m² (voir copie écran du site d’InCité). Pour le quartier St Michel, les notaires enregistrent des prix de cession allant de 2150 à 2650 euros le m² ([www.immoprix.com|http://www.immoprix.com]). __Cela signifie que la proposition d’InCité est au mieux, pour l’opération visée, 40 000 euros plus chère que le prix du marché__. D’ailleurs le marché n’en veut pas puisque l’appartement est à vendre maintenant depuis plusieurs mois. __InCité participe à la vacance du logement à Bordeaux, un comble pour un organisme destiné à lutter contre ce phénomène !__ Quel primo accédant a les moyens d’acheter ce bien à ce prix ? Il y a quelques mois, je dénonçais __une politique de « tri social » menée par InCité__. Cet exemple en est une parfaite illustration. Un couple primo accédant qui aurait 15 % d’apport et qui s’endetterait sur 20 ans devra débourser 1080 euros par mois (sur la base d’un taux à 4,05 % et 0,36 % d’assurance). Dans la mesure où les banques ne prêtent que si l’endettement global du ménage est inférieur à 33 %, il faudra que le couple en question n’ait aucun crédit (consommation, voiture, …) et qu’il gagne, net, au minimum 3240 euros. Autant dire que des couples qui correspondraient à ce profil ne sont pas vraiment les plus en difficulté. D’ailleurs, s’il en existait, on comprend mal pourquoi ils achèteraient un bien 40000 euros plus cher que le prix le plus cher constaté dans le quartier. ++3) L’exemple de l’extension du foyer FJT « Le levain » : le maquillage des chiffres++%%% Dans[ ma première intervention au conseil municipal|/v2/index.php?post/2009/09/29/Quand-InCit%C3%A9-s-impose-artificiellement-dans-une-op%C3%A9ration-immobili%C3%A8re], je reprochais à la Mairie d’imposer InCité comme maître d’ouvrage sur une opération d’extension d’un foyer de jeunes travailleurs. Je faisais la démonstration qu’il s’agissait d’un montage fallacieux. En réalité, l’opération en question est essentiellement politique : en imposant InCité, la mairie lui offre la possibilité de revendiquer dans son bilan un nombre de places de logements sociaux. C’est parfaitement trompeur puisqu’InCité n’aura pas débloqué un centime. L’essentiel de l’investissement étant supporté par l’Etat (si jamais il intervient), la CUB et la Mairie au titre de la surcharge foncière ainsi que par le Conseil général et le Conseil régional dans le cadre de leur dispositif d’aide à l’investissement des PLAI. Pour 31 places revendiquées par la InCité et donc par la Mairie, la ville n’aura investi que 18 % dans l’opération. InCité apparaît là comme un écran politique et médiatique entre les réels financeurs (qui, rappelons-le, interviennent au-delà de leur compétence propre) et l’opinion. __Cela signifie que la Mairie de Bordeaux, grâce à InCité, dissimule tout bonnement son refus entêté de résoudre le problème de logements sociaux à Bordeaux__. Comme je le disais en introduction, j’ai accepté d’être administrateur pour comprendre et appuyer mes critiques sur des données chiffrées, en aucun cas pour me faire museler. C’est la raison pour laquelle je remets aujourd’hui ma démission d’administrateur de cette société au Président de la CUB.