Matthieu Rouveyre : Élu local bordelais

in Lutte contre les discriminations

J’accuse InCité d’abus de faiblesse sur personnes particulièrement vulnérables

2009

((/v2/public/2009/octobre/jilali_elfatmi.jpg| |L| , oct. 2009)) Je m’appelle Matthieu Rouveyre, je suis Conseiller général et Conseiller municipal socialiste de la ville de Bordeaux. Je voudrais vous raconter l’histoire de mon après-midi de ce vendredi 30 octobre. Elle démarre à 14h00. J’ai rendez-vous avec Claire Chartier-Grimaud. Nous partageons tous deux [la même colère|/v2/index.php?post/2009/09/29/Pourquoi-je-d%C3%A9missionne-d-InCit%C3%A9] vis-à-vis d’InCité, aménageur du centre historique piloté par la Mairie de Bordeaux. Notre rencontre prévue depuis quelques jours était destinée à mettre en commun les documents que nous avions chacun collectés sur cette Société d’Economie Mixte. A l’occasion de notre échange, Claire m’apprend qu’il y aurait eu une expulsion, hier (29/10) au 13 rue Maubec, dans le quartier St Michel. Les personnes évacuées seraient deux anciens combattants marocains. Intrigué, je décide de me renseigner. J’appelle Naïma Charaï, Conseillère régionale d’Aquitaine qui mène une politique ambitieuse à la Région en faveur des anciens combattants. Elle a les réseaux et me propose de commencer à passer des coups de fil. Cependant, personne ne semble au courant. Nous nous retrouvons Naïma et moi vers 17h00 à St Michel. Nous commençons à sonner chez les voisins, à interroger le pub d’à côté. On va à la rencontre de nos amis du quartier. Tout le monde cherche à savoir s’il y a eu des témoins. Au bout d’une heure, un épicier de la rue des Faures vient à notre rencontre et nous apprend qu’il a retrouvé les personnes expulsées. Aziz, qui s’était joint à nous, les connaît. Nous les retrouvons et commençons à dialoguer, Aziz et Naïma m’assurent la traduction. Ce qu’ils nous racontent est incroyable, nous décidons d’aller nous poser autour d’un thé à la menthe. Voici ce qu’ils nous ont raconté. Jilali a 77 ans et El Fatmi 79 ans. Ils ont combattu pour la France en Indochine. Leurs familles se trouvent au Maroc mais pour toucher leur minimum vieillesse, ils sont contraints par la loi de séjourner en France pendant au moins 9 mois dans l’année. Ils vivent chacun dans un appartement au 13 rue Maubec depuis 12 ans pour le premier et 6 ans pour le second. Ils sont les deux derniers occupants de l’immeuble. Il s’agit d’un ensemble racheté par InCité qui est par conséquent devenu le bailleur des deux hommes. Ceux-ci payent leur loyer tous les mois, ils n’ont aucun retard. Jeudi 29 octobre au soir, la police est appelée sur les lieux par InCité. La SEM prétend qu’il y a eu une infraction dans l’immeuble. Selon Jilali et El Fatmi, la police ne trouve rien et repart assez rapidement. Une dizaine de minutes plus tard un camion blanc avec trois hommes a l’intérieur arrivent sur les lieux. Deux femmes les rejoignent, elles veulent parler à Jilali et El Fatmi. Elles se présentent, elles travaillent pour InCité. Selon elles, les lieux ne sont plus sûrs, il faut changer la porte d’entrée de l’immeuble. Pour mettre les deux hommes en sécurité, Madame B. et Madame H. leur proposent de les faire héberger pour la nuit à l’hôtel. Les deux hommes ne sont pas enthousiastes mais finissent pas accepter. Persuadés de revenir le lendemain, ils laissent toutes leurs affaires dans les appartements. Alors qu’ils sont en train de descendre la rue, ils aperçoivent les hommes du camion blanc sortir une grosse porte métallique. Le lendemain, Jilali et El Fatmi retournent chez eux mais ne peuvent plus rentrer dans l’immeuble, InCité a fait poser des portes qui murent l’entrée. Je demande aux deux anciens de nous conduire à l’hôtel dans lequel InCité les a placés. Le gérant de l’hôtel n’est pas à l’aise mais accepte de me raconter l’histoire : Madame B. lui a demandé d’héberger ces deux hommes pour deux mois et demi. Il ne pose pas de question et remet la facture. Je lui demande si je peux prendre des photos de la chambre. Il refuse et m’avoue qu’ils devaient être dans des chambres séparées mais qu’il a du les installer ensemble pour quelques jours. J’en ai terminé pour l’aspect factuel. Voici ce que je pense. InCité a besoin de récupérer l’immeuble mais dans deux jours, c’est la trêve hivernale. Dans deux jours, les locataires ne sont plus expulsables. En effet, la trêve hivernale démarre le 1er novembre. Elle dure jusqu’au 15 mars. Il faut qu’InCité trouve une solution. Il lui faut un motif pour intervenir au 13 rue Maubec. Elle prétexte un squatteur et appelle la police. Elle constitue ainsi sa bonne foi et a un argument si jamais quelqu’un vient lui chercher des poux. La police ne trouve rien (pas étonnant puisque les appartements inoccupés avaient fait l’objet d’une fermeture sécurisée anti-squatteur). Quelques minutes après, les deux personnes d’InCité embobinent les deux anciens en leur promettant qu’ils reviendront le lendemain. Les deux locataires partis, InCité peut faire poser la porte qui condamne définitivement l’entrée de l’immeuble. __J’accuse InCité d’abus de faiblesse sur personnes vulnérables__. Ça respire les pratiques mafieuses. InCité cible deux vieilles personnes qu’elle sait isolées, qui ne parlent pas le français, sans famille en France. Deux proies de choix pour évacuer les lieux à moindre frais. C’est si facile. J’en termine avec une petite anecdote. Alain Juppé, depuis qu’il est Maire n’a jamais rien entrepris en faveur des anciens combattants marocains. C’est seulement lorsque Naïma Charaï et Alain Rousset ont commencé à se mobiliser qu’il a voulu renverser la vapeur. Dans son entreprise de communication, Alain Juppé a posé avec un ancien combattant marocain pour le SudOuest du 19 novembre 2008. Il se trouve que cet ancien combattant, c’est Jilali. [Voir le témoignage de Naïma Charaï|http://naima-charai.blogspot.com/2009/10/qui-servi-la-france-recolte-lexpulsion.html] [Rejoignez le comité de soutien de Jilali et El Fatmi|http://www.facebook.com/groups/create.php?customize&gid=300609120426#/group.php?gid=300609120426&ref=nf]

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