Archive | Vivre ensemble RSS feed for this section

Le Procureur de Bordeaux enterre la clause de conscience homophobe

30 mai

mariage-pour-tous-procureurAujourd’hui 30 mai, le Procureur de la République de Bordeaux, dans un courrier adressé à toutes les communes de Gironde, avertit des sanctions administratives et pénales qui frapperont les élus refusant de célébrer certains mariages. Ainsi, le Procureur enterre la supposée clause de conscience revendiquée par ces édiles.

Lors du Conseil municipal de Bordeaux de ce lundi 27 mai, Alain Juppé a reconnu à Hugues Martin cette possibilité de ne pas marier des personnes homosexuelles. Il a été soutenu par les présidents des groupes Verts et Communiste qui invoquaient pour le premier une “liberté de conscience” et pour le second “une liberté individuelle” de ne pas marier ces couples.

Pour le Procureur au contraire, une telle liberté n’existe pas, la loi doit être respectée par tous : “J’attire également votre attention sur les sanctions administratives et pénales applicables dans l’hypothèse où pour des motifs d’ordre personnel il serait refusé de célébrer un mariage“.

Nous nous réjouissons de cette salutaire mise au point et demandons à Alain Juppé et à l’ensemble des élus d’en tirer toutes les conséquences républicaines.

2013

Mariage pour tous, Alain Juppé autorise certains élus à ne pas marier les homosexuels

27 mai

Je suis intervenu ce 27 mai lors du Conseil municipal pour demander au Maire de Bordeaux de condamner fermement l’invocation d’une clause de conscience qui permettrait aux élus de la majorité de refuser de marier des personnes homosexuelles.

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

Cette délibération évoque la promotion par la ville d’une politique transversale en direction des associations qui engagent des initiatives en faveur de l’égalité des chances, de la lutte contre les discriminations et de la diversité culturelle. Cette présentation nous révèle que la majorité aurait une politique de lutte contre les discriminations. Pourtant Monsieur le Maire, œuvrer en faveur du vivre ensemble ce n’est pas seulement donner quelques euros pour se donner bonne conscience. Il s’agit également d’y croire. Comment lutter contre les discriminations quand celles-ci sont commises et assumées par des membres de votre majorité ?

La semaine dernière dans Sud Ouest, votre 1er adjoint a déclaré qu’il refuserait de marier des personnes homosexuelles. Il entend donc braver la loi au motif que marier des homosexuels heurte sa conscience. Cette déclaration, choquante, n’est que le point d’orgue de positionnements plus que douteux de la part de plusieurs de vos élus. Est-ce qu’on peut comprendre que les adjoints ou délégués en charge du social, de la petite enfance, de la lutte contre les discrimination ou de la diversité soient les moins tolérants, les plus militants contre l’égalité, n’hésitant pas pour chacun à défiler contre la loi et en le revendiquant fièrement ? Ne croyez-vous pas qu’il y a là une erreur de casting ? D’autant que d’autres membres de la majorité ont quant à eux exprimé leur entier soutien à cette loi. J’attire par ailleurs votre attention sur le fait que cette position est contraire à la charte européenne (sur l’égalité femmes/hommes) que vous soumettez au vote un peu plus tard.

Si demain un de vos élus déclare qu’il n’a rien contre ces gens là mais qu’il refuse de célébrer un mariage entre deux personnes de couleur noire. Vous resterez là encore sans réaction ? Vous lui direz : « je comprends, ça heurte ta conscience on va trouver une autre élu » ?

Hier soir à Bordeaux, un jeune de 18 ans s’est fait agresser par des anti-mariage pour tous. Il a terminé aux urgences avant d’être reçu au commissariat de police. Cette agression se rajoute à la longue liste de celles que nous avons déjà dénoncé, dans un climat qui a récemment fait dire à l’ONG Idaho que Bordeaux est la plus grande ville de France où les personnes homosexuelles sont les moins bien acceptées et qui pointe dans son rapport la responsabilité de la Mairie.

conseil-municipalNe croyez-vous pas qu’il est temps d’être ferme, et de commencer à faire le ménage dans vos propres rangs ? Pouvez-vous ici solennellement condamner les propos d’Hugues Martin et les autres élus qui sont sur sa position en leur rappelant qu’ils sont élus de la République et qu’à ce titre là, ils n’ont pas à exprimer d’état d’âme dans l’application de la loi de la République ? Vous enverriez alors un signal fort et positif en direction de la lutte contre les discriminations.

PS : Sans surprise, le Maire a refusé de condamner les propos d’Hugues Martin et valide donc la clause de conscience. Plus étonnante en revanche est la position du groupe Vert explicitement favorable à cette clause de conscience qui exonère certains élus de marier les homosexuels.

Intervention in extenso de Pierre Hurmic (président du groupe Vert) au conseil municipal du lundi 27 mai 2013

« Suite à la parution dans la presse des propos d’Hugues Martin, je dois dire que nous ne partageons pas l’analyse de notre collègue Matthieu Rouveyre dans la mesure où nous considérons qu’Hugues Martin s’est sérieusement engagé pour indiquer qu’il s’assurera du fait que les mariages soient célébrés également dans de bonnes conditions.

Hugues Martin dans ses déclarations, que j’ai sous les yeux, indique qu’il est opposé à cette loi et qu’il en fait une affaire de conscience. Tout le monde a le droit de dire publiquement qu’il est favorable ou défavorable à une loi, il me semble que c’est le B.A.-ba de la démocratie.

Hugues Martin dit qu’il ne le fera pas parce qu’il sait qu’il y aura suffisamment d’élus prêts pour célébrer ces nouveaux mariages, et qu’en tant que responsable il va s’assurer que les mariages soient tous célébrés également.
Nous considérons quant à nous être rassurés par les déclarations d’ Hugues Martin à ce niveau là.

La liberté de conscience, tous ici nous devrions nous battre pour la liberté de conscience, c’est un principe essentiel. J’ai envie de dire qu’au-dessus des lois de la république il y a la conscience individuelle, heureusement.

Je dirai d’un dernier mot, en ce qui me concerne, j’ai toujours préféré la conscience à la consigne. Donc je pense que je serai mal venu aujourd’hui pour reprocher aujourd’hui à titre personnel et au nom de mon groupe à Hugues Martin d’avoir dit publiquement ce qu’était sa conscience.

Heureusement qu’il y a des objecteurs de conscience. En ce qui concerne notre groupe nous avons toujours été très protecteurs, nous avons assuré la défense des objecteurs de conscience en leur temps, aujourd’hui il y a aussi, vous savez, des objecteurs de croissance, nous sommes très proches de la liberté de parole qui leur est donnée.

Donc voilà mes propos que je souhaitais apporter : il ne s’agit pas ici de stigmatiser les propos tenus par Hugues Martin qui, en ce qui nous concerne, nous respectons.”

Intervention in extenso de Vincent Maurin (président du groupe PC) au conseil municipal du lundi 27 mai 2013

“Pour ce qui nous concerne nous avons à la fois été un peu étonnés des propos de Monsieur Martin mais nous avons compris qu’il s’agissait d’une liberté individuelle qui lui incombait et nous faisons entièrement confiance à l’esprit républicain qui anime le maire de la Ville et la grande majorité des élus municipaux de ce conseil municipal pour que l’application de la loi se fasse de manière stricte, de manière “secure” pour tout le monde et avec évidemment le souci premier d’appliquer la loi et de rendre la mission de service public que devra avoir la Ville de Bordeaux en ce qui concerne le mariage pour tous.”

2013

Virage Sud contre l’homophobie !

15 avr

virage-sud-contre-lhomophobieL’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe déchaîne les passions et depuis quelques semaines les violences de la part de ceux qui contestent cette égalité des droits. Dans ce climat pesant, c’est bel et bien dans un stade de football qu’une initiative exemplaire a été observée. Lors de la rencontre Bordeaux-Montpellier de samedi dernier, les supporters des Girondins de Bordeaux ont déployé une banderole sur laquelle était écrit “Virage Sud contre l’homophobie !”.

Les stades de football sont régulièrement le théâtre de comportements et d’insultes homophobes et dans le contexte actuel, l’action des supporters bordelais est loin d’être anecdotique. Cette banderole témoigne d’un réel engagement et nous offre une bouffée d’oxygène bienvenue. Espérons qu’un coup de projecteur soit donné sur cette démarche et qu’elle suscite des émules. Dans tous les cas, merci et bravo à ceux qui ont pensé et mis en œuvre cette action.

Coïncidence ou non, c’est à l’occasion de ce match que le Football Club des Girondins de Bordeaux a renoué avec la victoire et selon les observateurs avertis grâce à un jeu brillant !

2013

Mariage pour tous, ma lettre au Médiateur de Sud Ouest

31 jan

Monsieur le Médiateur du journal Sud Ouest,

Lecteur quotidien du journal Sud Ouest depuis maintenant plusieurs années, c’est la première fois que je ressens le besoin de vous interpeller. Élu local, je suis concerné par de nombreux articles et parfois contrarié par certains d’entre eux mais jamais au point de prendre mon clavier pour écrire au médiateur du journal. Un grand débat de société s’est installé en France depuis quelques semaines à l’occasion du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe et j’ai le sentiment amer que Sud Ouest a ostensiblement choisi le camp de ceux qui s’y opposent.

Si les articles factuels sont d’après moi parfaitement équilibrés (les mobilisations des deux bords sont couvertes équitablement), ce n’est absolument pas le cas des éditoriaux. Selon la définition qu’en apporte le dictionnaire, en journalisme, un éditorial est un article qui reflète la position de l’éditeur ou de la rédaction sur un thème d’actualité. Sud Ouest compte trois éditorialistes et à ce jour seule une expression, hostile au mariage pour tous, se retrouve dans les colonnes éditoriales. Autrement dit la rédaction de Sud Ouest prend unanimement position contre ce projet de loi.

Il est sain que la presse d’opinion existe. Je ne trouve pas choquant qu’un journal affiche sa préférence et le lecteur doit pouvoir choisir son périodique en connaissance de cause. On comprend que le Figaro, au regard de sa charte éditoriale, de son histoire et de son positionnement se prononce contre ce projet de loi. Tout comme le journal Libération est parfaitement cohérent quand il s’affiche en faveur de ce texte.

Dans ce cas me direz-vous, pourquoi Sud Ouest ne pourrait-il pas également, sous la plume de ses éditorialistes et plus particulièrement sous celle de l’un d’entre eux, marquer sa préférence ? Pour deux raisons au moins : unicité et proximité. Unicité d’abord parce que Sud Ouest est le seul quotidien régional, ce qui en fait le journal de tous et non celui de lecteurs plutôt à droite ou plutôt à gauche. Proximité ensuite parce qu’il y a un lien quasiment intime avec le journal qui vous accompagne quotidiennement, qui vous rend compte de l’actualité locale, qui vous fait découvrir des territoires et des acteurs régionaux. Je ne crains pas de dire que j’aime ce journal ni que je me sens presque blessé lorsque sur un sujet de société il prend parti sans nuance.

Je crois que des éditoriaux défavorables à ce projet de loi ont toute leur place dans les colonnes du journal mais je suis également persuadé qu’ils ne peuvent pas être les seuls à régner.

Veuillez agréer, Monsieur le Médiateur, l’expression de ma haute considération.

2013

Alain Juppé n’aime pas les chochottes

26 jan

J’apprends aujourd’hui par Sud Ouest qu’Alain Juppé, en guise d’insulte à l’endroit de Vincent Feltesse, a publiquement affirmé cette semaine que ce dernier était une “chochotte”.

Ces mots aimables du Maire de Bordeaux sont intervenus après que le Président de la CUB ait exprimé son étonnement de ne pas avoir été invité à la présentation du Centre Culturel du Vin pourtant allègrement financé par la communauté urbaine.

À toutes fins utiles, rappelons la définition de “chochotte” :

1 (Familier) Garçon douillet, maniéré, efféminé.
C’est une vrai chochotte, ce mec.
2 (Familier) Homosexuel efféminé.
Il est un peu chochotte sur les bords.

Chochotte, ce n’est rien de moins que le “pédé” des cours de récréation pour adultes lettrés mais immatures. Il est de ces termes stigmatisants qui nourrissent la théorie selon laquelle les homosexuels masculins seraient moins hommes, autrement dit des sous-hommes.

Dans le but de se moquer de son adversaire, de le rabaisser, Alain Juppé n’a rien trouvé de plus intelligent que de tenter une approche homophobe. On sait le maire de Bordeaux peu porté sur l’égalité des droits mais on attendait tout de même autre chose de la part du “meilleur d’entre nous”.

2013

Alain Rousset favorable sans réserve au mariage pour tous

17 jan

Alain Rousset vient d’adresser ce communiqué à la presse après une interprétation hasardeuse erreur (corrigée depuis) du journal SudOuest.

Lors de ses vœux à la presse tenus ce jeudi au Conseil régional d’Aquitaine, Alain Rousset a répondu à une question portant sur le mariage pour tous.

Alain Rousset souhaite préciser que le mariage et l’adoption ne sont pas un problème dans le sens où il s’agit d’un engagement du Président de la République et que le Parlement sera amené à se prononcer sur le projet de loi dès le 29 janvier prochain. Il votera en faveur de ce texte.

Concernant la Procréation Médicalement Assistée (PMA), il a indiqué que cette question mérite d’être dissociée du débat sur le mariage pour tous. La PMA doit s’inscrire dans un débat plus large, comme l’a déjà indiqué le Premier ministre.

2013

Une famille comme les autres

14 jan

2013

Avec deux amis (merci à Pierre et Stéphane), nous avions envie de vous proposer le sous-titrage de cette performance de slam, repérée par Yagg.

Noah, 15 ans, élevé par deux mamans nous livre un témoignage poignant. Un regard sur sa famille, une famille comme les autres en somme.

Après un dimanche où l’intolérance et la haine se disputaient la rue, cette vidéo pourrait apaiser nos coeurs lourds.

Alain Juppé ou la forme la plus insidieuse de l’homophobie

10 jan

2013

Aujourd’hui sur son blog, Alain Juppé a publié sa position contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et réclame au mieux que le “pouvoir socialiste” renonce à cette réforme, au pire qu’il sollicite un référendum. Bien entendu, il prend soin préalablement de jurer cracher qu’il n’est pas homophobe et qu’il est même favorable à une union civile.

Dans son billet, Alain Juppé déclare que “l’institution du PACS a été une avancée importante vers l’égalité des droits entre homos et hétéros“. Il oublie toutefois de préciser qu’il a voté contre ce texte et qu’il s’est bien gardé de rappeler à l’ordre ses troupes quand elles tenaient des propos plus abjects les uns que les autres.

Alain Juppé prétend ensuite que “la notion et le mot de mariage dont la charge historique et culturelle est très forte devraient être réservés à la sphère religieuse et privée“. Cette affirmation aurait un sens s’il en déduisait qu’il fallait dans ce cas supprimer toute référence au mariage dans le code civil. Au lieu de ça, elle lui sert à expliquer que le mariage (civil) doit être réservé aux hétérosexuels et qu’il faut donc créer une union (civile) pour les homosexuels. Autrement dit, Alain Juppé s’appuie sur le supposé caractère religieux du mariage pour refuser que la loi républicaine puisse être ouverte aux couples homosexuels. Et pour donner de la force à sa démonstration, il cite en grand républicain qu’il est, les propos d’un homme d’Église …

Mais Alain Juppé ne se contente pas de refuser que la loi républicaine soit la même pour tous, il nous dit également combien cette réforme remettrait en cause “l’institution familiale qui, dans un monde instable, demeure l’une des références solides de nos sociétés“. Il y a donc d’un côté la famille au sens noble, au sens institutionnel, celle du papa, de la maman et des enfants. De l’autre, il y a le reste : des ersatz de quelque chose qu’on ne voudrait pas appeler famille, parce que la famille, c’est comme le mariage, c’est sacré, c’est figé. Pour Alain Juppé, dont le logiciel intellectuel sur ces questions s’est grippé il y a déjà quelques décennies, des enfants qui ne seraient pas élevés par un papa et une maman ne méritent donc pas d’être considérés de la même manière que les enfants appartenant à une famille nucléaire.

Parce qu’il faut faire un peu de sensationnel, Alain Juppé reprend à son compte les arguments caricaturaux des “anti” comme la référence à la gestation pour autrui jamais évoquée ni par le Gouvernement ni par la majorité ainsi que la pseudo suppression de “père et mère” du code civil. Enfin, il rejette singulièrement l’idée que le “bonheur de l’enfant adopté” puisse suffire à légaliser l’adoption par des couples homosexuels. Dans tous les cas nous assène-t-il, il n’y a déjà pas suffisamment d’enfants adoptables pour les hétéros, ce n’est pas pour ouvrir cette possibilité aux homosexuels.

Alain Juppé débute son billet par cette phrase : “L’homophobie est un fléau dont il faut combattre toutes les formes, les plus brutales comme les plus insidieuses“. La forme la plus insidieuse de l’homophobie c’est celle qui se drape dans ses habits de vertu pour finalement faire une distinction entre les couples hétérosexuels et les couples homosexuels. L’homophobie la plus insidieuse c’est celle qui théorise avec des mots choisis et un langage soutenu la supériorité de l’hétérosexualité sur l’homosexualité. Toute forme de dépréciation de l’homosexualité est de l’homophobie.

Roués de coups pour avoir dit non à l’homophobie, les auteurs condamnés

8 jan

2013

Pour la LGP Bordeaux, j’étais présent à l’audience de ce 8 janvier 2013 au tribunal correctionnel de Bordeaux afin de manifester notre soutien aux victimes des violences qui se sont produites le week-end dernier dans le tramway bordelais.

Comme le rapporte la journaliste de SudOuest également présente lors de cette comparution immédiate, la dimension homophobe est omniprésente :

“Léonard a lui aussi tenté de s’interposer. Pour lui la bagarre a commencé sur des propos homophobes et provocateurs du groupe de prévenus qui a investi le tramway. “Alors on s’est pris la main et on a dit “le mariage pour tous. Mais les coups ont commencé. Au début c’était une bagarre normale, mais après avec la matraque, le traumatisme était fort. C’est devenu sadique et cruel et gratuit”"

Le tribunal a condamné les trois agresseurs identifiés. Sur le volet civil, les auteurs devront indemniser chacune des victimes. Les sanctions pénales sont de moins 6 mois d’emprisonnement avec sursis et mise à l’épreuve pour deux des agresseurs (4 mois pour l’un, 5 mois pour l’autre). Le plus violent se voit quant à lui infliger une peine de 8 mois d’emprisonnement dont 2 fermes.

La LGP Bordeaux déplore qu’encore une fois l’homophobie ait libéré les pulsions les plus sauvages de tristes personnages qui sont apparus goguenards à la lecture du délibéré.

Par ailleurs, nous tenons à saluer l’immense courage des victimes qui, avant le déchaînement de violences physiques, avait exprimé leur refus des expressions homophobes. Ce comportement citoyen chèrement payé n’est pas anodin et nous exprimons à ces jeunes gens notre profonde gratitude.

C’était le 5 juin 2004, il s’agissait de ne rien concéder à l’homophobie

6 jan

2013

J’exhume de mes archives ce vieux billet. C’était le 5 juin 2004. Noël Mamère célébrait le mariage entre deux hommes. Informés quelques jours plus tôt qu’une manifestation d’homophobes allait se tenir, nous avions décidé de nous mobiliser en faveur de l’égalité des droits. Cet épisode nous a rendu plus forts et plus déterminés que jamais à devenir des acteurs d’une réelle transformation sociale.

Il est 10h20, Aurélie et moi cherchons les autres, ils se trouvent à une des entrées de la Mairie. Nous nous dirigeons vers la plus proche de nous. Environ 150 manifestants sont déjà là … mais de quel bord sont-ils ? Nous ne tarderons pas à le savoir, nous nous sommes tous deux vêtus de nos t-shirts du Mouvement des Jeunes socialistes. Certains individus s’approchent de nous, ils sont hostiles. On ne tarde pas à voir des pancartes amalgamant homosexualité et pédophilie, des pin’s du FNJ et quelques signes appartenant à la pas moins malveillante Jeunesse identitaire. Bien, ne paniquons pas, faisons le tour. Je me retourne avec un soupçon d’appréhension. Ils ne nous suivent pas.

Nous parvenons à l’autre entrée, rue du Maréchal de Lattres de Tassigny. On retrouve les six autres camarades, notre matériel de manifestation en main. Jérémy m’apprend que De Villiers est passé, une Soeur de la perpétuelle indulgence m’indique que le camp d’en face comptait des individus arborant fièrement la croix gammée. Amélie me dit son inquiétude. Les forces progressistes représentent à peine une centaine de militants. Le MJS est le seul groupe organisé. Pas de Verts, je ne vois pas la LCR. Il y a les Soeurs et des citoyens venus apporter leur soutien aux revendications que nous défendons. J’ai la surprise de voir XIII, qui passera de temps en temps prendre la température et faire quelques photos. Nous avons à peine le temps d’échanger quelques informations que les extrémistes se dirigent vers nous. Ils sont au moins trois fois plus nombreux. Plus ils approchent, plus on les entend vociférer, ils nous insultent : “bandes de tantouzes, sales pédales”. Une femme est arrivée d’on ne sait où, elle tient son gamin en bas âge dans une main et agite l’autre en notre direction : “Vous êtes anormaux, protégeons nos enfants”.

Avec mes camarades, nous échangeons quelques regards. Nous sommes fébriles et inquiets. Je demande à Quentin et Amélie de dérouler la banderole, elle fait trois mètres de long, il nous faut créer un périmètre de sécurité. Nous nous positionnons derrière, nous sommes côte à côte avec les Soeurs. Des militants isolés viennent prendre place derrière notre banderole, nous sommes maintenant en première ligne.

Ils sont tous près et s’approchent encore, ils sont de plus en plus virulents. Je lance les slogans, d’abord ceux de nos pancartes, préparées la veille dans la hâte : “Mêmes devoirs, mêmes droits”, “Oui à l’homoparentalité, Egalité, …”
J’échange un regard avec Florence, la seule militante du PS qui ait fait le déplacement. Ce petit bout de femme en a connu des manifs difficiles et des fachos de cette espèce, elle semble néanmoins réellement préoccupée.
Un type de chez eux se détache, il tient fièrement une pancarte “Homosexualité = Zoophilie” et vient faire le singe devant nous. Je fais mine de lui jeter des cacahouètes, tout le monde s’y met, il se calme.

L’ambiance est de plus en plus tendue. Un gros molosse s’approche de moi, il essaye de saisir la banderole, je lui tords la main, tout de suite ses potes arrivent, Florence me fait lâcher prise, des cadres de chez eux calment le jeu. Le molosse me promet de “m’arracher les yeux”. Ils me scandent qu’ils me retrouveront pour me faire la peau, à moi et à mes copains. Ils se concertent, nous sommes seulement à quelques centimètres, nous les entendons, ils proposent de nous charger. Florence me suggère sa stratégie : “s’ils nous attaquent, on laisse tout tomber et tout le monde se barre en courant. Je sais que c’est la meilleure solution et la plus raisonnable mais je lui réponds que c’est impossible. Les Soeurs ne s’en sortiraient pas indemnes. Nous nous ne laisserons pas intimider.

Un autre molosse s’avance pour essayer de nouveau d’arracher la banderole, je m’excite, leurs cadres viennent de nouveau calmer le jeu. On me propose de nous replier un peu. Hors de question, nous ne leur concéderons pas de terrain. Je relance les slogans, il est 11h40, je crie “ils ont dit oui, vive les mariés”, tout le monde reprend. Les autres sont surexcités, la tension est à son comble. Ils sont prêts à charger lorsqu’un orchestre arrive. Il roule pour nous. Les musiciens vont se mettre derrière nous, ils commencent à jouer. Ça nous redonne du courage, on gueule plus fort. Ça y est, je n’ai plus de voix. Les extrémistes commencent à se retirer en pestant. Nous resterons là encore 40 minutes avant de partir, véritablement fiers d’avoir tenu bon.

Peu de gens ont vu la pièce qui venait de se jouer. Seuls les manifestants pro-mariage (qui n’ont cessé de nous remercier) étaient aux premières loges. Peu de journalistes relaieront cette information. Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va reconnaître que les jeunes socialistes défendent leurs idées jusqu’au bout. Nous ne sommes pas venus chercher de la reconnaissance et nous étions tellement heureux de notre victoire que cela suffisait à notre orgueil.
En partant, une voix d’homme nous interpellait. Je me retournais. Il était grand, en costume noir et portait l’écharpe tricolore. “Nous avons vu ce que vous avez fait, merci beaucoup, c’est vous l’avenir, je suis élu, adjoint au maire de Paris Bertrand Delanoë, mon nom est Christophe Girard“. Une femme s’approche, elle est élu Vert à la Mairie de Bègles : “De la cour j’ai vu ce que vous avez fait, heureusement que vous étiez là, je vais voir avec Noël pour que vous receviez ses remerciements, il n’a pas dû vous voir“. Une personne se disant proche de Gérard Colomb nous applaudit, nous dit qu’ils ont besoin de nous à Lyon. Les filles de la LGP passent, elles sont pressées mais me saluent avec leurs pouces et nous disent merci. Nous sommes émus et encore plus fiers.

On s’organise pour rester en groupe jusqu’à ce que chacun soit dans une voiture. Un Vert nous invite, Florence, Aurélie et Moi à venir au local des Verts à 13h00. J’hésite, mon discours pour la GayPride est chez moi … le temps presse. On décide d’y faire quand même un saut. Les mariés ne tardent pas à venir, ils sont entourés de journalistes. Je les salue mais ils sont, semble-t-il, sur un nuage. Je bois un pamplemousse, je propose à mes deux camarades de les retrouver place de la Comédie à 14h00, je dois aller chercher mon discours.

La marche commencera en retard, à 14h45 mais se déroulera sans aucun accro. A l’arrivée, place de la Victoire, les stands se mettent en place. le Char des intervenants aussi. On me demande de monter. Act-Up sera la première organisation à intervenir, puis Aides, … Pendant les prises de paroles, je commençais à m’angoisser, quel accueil vais-je recevoir en tant que jeune socialiste ? Act-Up venait d’être extrêmement virulent à leur égard. Je regardais la foule, des centaines et des centaines de personnes. C’est mon tour : “Le Mouvement des Jeunes Socialistes de la Gironde est heureux de participer cette année encore à la Lesbian and Gay Pride. Pour notre mouvement, prendre part à cette marche c’est s’engager. S’engager contre…“. Je donne de la voix, je suis convaincu par ce que je dis et galvanisé par l’épisode de la matinée. J’entends des applaudissements, de là où je ne les attendais pas. Je suis heureux.